Il fallait la voir lors de la cérémonie d’ouverture, au milieu du vacarme, des tambours, des milliers de jeunes qui sautaient partout à Diamniadio, il y avait une femme qui souriait. Pas un sourire de protocole. Pas le sourire crispé des officiels qui regardent leur montre. Non. Un sourire d’enfant.
Kirsty Coventry. Présidente du CIO.
Championne olympique de natation pour le Zimbabwe. Sept médailles olympiques. La plus grande athlète africaine de tous les temps. Et la voilà à Dakar, parmi les jeunes athlètes, comme un poisson dans l’eau. C’est le cas de le dire.
On l’a vue partout. Et surtout là où on ne l’attendait pas : au village olympique. Elle a kiffé le village. Vraiment kiffé.
Elle n’est pas restée dans le salon VIP climatisé. Elle est allée s’asseoir par terre avec les gamins du judo. Elle a tapé le fist avec les basketteurs de 16 ans. Elle a goûté le thiéb. Elle a ri. Fort. De ce rire d’athlète qui a connu la peur avant le départ et la joie après l’arrivée.
On sent qu’elle kiffe Dakar.
Et Dakar la kiffe.
Parce qu’il y a quelque chose de magique à la voir ici. Kirsty Coventry, athlète blanche, née au Zimbabwe, devenue présidente du CIO, qui préside les premiers Jeux Olympiques de l’histoire sur le sol africain. C’est plus que symbolique. C’est l’Histoire qui boucle sa boucle.
L’Afrique a su transcender ses obstacles historiques. L’Afrique a su dire : notre destinée est commune. Noire, blanche, métissée. L’Afrique des villages et l’Afrique des villes. Elle est là, cette Afrique, dans le sourire de Kirsty au milieu des jeunes Sénégalais qui lui apprennent quelques mots de wolof.
Elle laisse apparaître un véritable bonheur d’être là. On le voit. On le sent. Elle n’est pas en visite. Elle est à la maison.
On raconte que dans le village, un jeune nageur sénégalais lui a dit : Madame la Présidente, vous êtes mon idole depuis que je suis petit. Elle lui a répondu : Moi, c’est vous mes idoles, aujourd’hui. C’est pour vous qu’on fait tout ça.
Voilà Kirsty Coventry.
Ce n’est pas une présidente qui coupe des rubans. C’est une grande sœur qui est revenue à la piscine. Sauf que cette fois, la piscine, c’est Dakar. C’est l’Afrique. C’est 54 pays réunis.
Ces Jeux vont marquer son mandat. On le sait déjà. On le sent. Parce qu’un mandat de présidente du CIO, ce n’est pas seulement des réunions à Lausanne. C’est un moment comme celui-là. Un moment où le sport redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une joie pure, partagée.
Elle est comme un poisson dans l’eau à Dakar. Et nous, comme elle, on a retrouvé le bonheur d’être dans l’eau. L’eau de la jeunesse, l’eau de l’Afrique, l’eau de l’avenir.
Merci d’être venue comme ça, Kirsty. Sans chichi. Avec ton sourire de championne.
Dakar ne l’oubliera jamais.
Jean Pierre Correa