« L’indépendance, un rêve poignardé… »signe Madior Ly de la Republique des Valeurs 

L’indépendance du Sénégal, célébrée chaque année avec éclat, dissimule une réalité bien plus complexe et douloureuse. Bien que le pays ait officiellement rompu ses liens coloniaux en 1960, les chaînes économiques et sociales persistent. Le néocolonialisme, sous des formes modernes, continue d’imposer ses règles, laissant la majorité de la population dans une lutte quotidienne pour la survie. Les infrastructures essentielles aux secteurs clés d’un État, tels que la santé, l’éducation, les transports, l’industrie et l’agriculture, peinent à répondre aux besoins de la population, exacerbant les inégalités et freinant le développement. Ainsi, l’indépendance, plus que symbolique, reste pour beaucoup une promesse non tenue, un rêve poignardé par les réalités persistantes d’un système mondial inéquitable. Au Sénégal, elle est devenue captive d’une bulle élitiste, sexagénaire, souvent clanique, avec des alliances circonstancielles, parce que, évolutive, corrompues et corruptrices, marginalisant tout citoyen refusant de se compromettre sur divers fronts, notamment politiques, intellectuels et financiers. Il est essentiel de dissiper cette bulle pour goûter au véritable plaisir d’une indépendance totale et accessible à tous. C’est la voie à emprunter pour guérir cette plaie béante, dont le remède est la mise en place d’un élitisme inclusif et collectif.

Cette nouvelle élite doit être bien formée et ancrée dans les réalités culturelles et socio-économiques du Sénégal, portant ainsi son émergence. En incarnant les valeurs et les aspirations du peuple, elle pourrait jouer un rôle central dans la transformation sociale et économique. En adoptant une approche respectueuse des choix individuels tout en promouvant une identité nationale forte, elle pourrait encourager l’innovation locale, notamment dans des secteurs clés comme le transport et l’agriculture. En intégrant des éléments de la culture sénégalaise dans des domaines variés, tels que la cuisine et la mode, cette élite contribuerait à renforcer le sentiment d’appartenance et à stimuler la créativité nationale.

Toutes ces spéculations, Thomas Sankara les avait résumées en une phrase simple que les Africains jusqu’à présent tardent à assumer : “On me demande où se trouve l’impérialisme ; regardez dans vos assiettes quand vous mangez. Les grains de riz, de maïs, de mil importés, c’est ça l’impérialisme, n’allez pas plus loin.” Ceci ne constitue pas un appel à s’auto-exclure du système mondial, que le président poète imaginait autrement, comme un village planétaire, un terme plus doux et engageant.

À cet égard, je soulève l’impératif de faire émerger un comportement gouvernemental objectif et efficace. Grâce à des mécanismes de protection économique et culturelle, cela nous offrira une place confortable dans le jeu mondial du donner et du recevoir. Telle était la vision de Senghor. C’était aussi le souhait de Cheikh Anta Diop, qui conseillait aux Africains de s’armer de science jusqu’aux dents afin de relever les défis mondiaux, non pas avec des armes, mais avec le savoir qui peut sauver l’humanité.

En revenant à la réalité avec une analyse lucide des actions de ce gouvernement actuel, nous constatons qu’ils ont profondément enfoncé le poignard dans la plaie du rêve d’une indépendance totale et assumée. Ils ont trahi toutes les promesses de rupture tant vantées, qui ont même causé de nombreuses pertes de vies. Certes, c’était une situation prévisible pour ceux dotés de raison, épargnés par les conséquences négatives de plusieurs années de mauvaise gouvernance perpétrée par les gouvernements successifs. Mais le peuple, en majorité, obsédé par le besoin impératif de changement pour enfin goûter à une prospérité illusoire vendue par de talentueux marchands de rêves, n’a pas pris le temps de prendre du recul pour discerner clairement les subterfuges visant à obtenir le pouvoir pour le pouvoir, pourtant évidents.

Je ne dresserai pas un bilan désastreux d’une année de gouvernance, mais les nombreuses promesses non tenues demeurent un fardeau pour une grande partie de la population. De l’abandon des appels à candidatures au parjure du président de la République sur la déclaration de politique générale du Premier ministre, sans épargner son refus catégorique de quitter le Conseil supérieur de la magistrature, en passant par la perpétuation des recrutements mafieux de complaisance, nous pouvons en conclure que le véritable problème n’est plus le néocolonialisme, mais cette élite corrompue.

Dr Madior Ly

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