
HOMOSEXUALITÉ: « Le Sénégal doit choisir : céder à la barbarie de la rumeur et de la haine, ou réaffirmer, avec fermeté, les principes d’un État de droit au service du bien commun »
Communiqué du PIT/Sénégal:
DÉCLARATION
Civilisation ou barbarie ?
Le Sénégal est traversé par une crise profonde. Une crise d’une ampleur telle qu’il n’est pas exagéré d’affirmer que ce qui se joue, c’est le destin même de la Nation.
À l’âpreté du marasme économique dans lequel des mains aussi inexpertes qu’irresponsables ont abîmé le pays s’ajoute la cécité politique conduisant des acteurs majeurs du régime à franchir bien des limites.
Mais au-delà de ces réalités déjà alarmantes, c’est l’apparition de nouvelles fractures, davantage insidieuses et potentiellement explosives, qui interpellent. Car ce sont elles qui risquent, à terme, de précipiter le Sénégal dans des convulsions dont nul ne sortirait indemne.
Les Sénégalais se sont, il y a peu, réveillés saisis d’effroi et à juste titre par l’annonce de l’existence d’un réseau de personnes mêlant homosexualité, exploitation sexuelle de mineurs et, de surcroît, des actes criminels consistant à transmettre sciemment le VIH à d’autres personnes. L’émotion fut d’autant plus vive que, parmi les personnes citées comme appartenant à ce réseau, figuraient des individus connus du grand public, voire des célébrités.
Que des adultes ayant pignon sur rue, jouissant de toutes leurs facultés, puissent profiter de la vulnérabilité d’enfants laissés dans la rue pour en faire des objets sexuels n’est pas qu’ignoble. En effet, si les faits allégués étaient définitivement établis par les enquêtes et la justice, ils constitueraient des crimes odieux révélateurs d’une faillite collective : celle d’un pays incapable de protéger ses enfants et vendangeant, par là-même, ses promesses d’avenir. L’exploitation d’enfants, quels qu’en soient les auteurs, n’est pas seulement une ignominie morale ; elle est une blessure infligée à la conscience nationale.
Par ailleurs, lorsque parmi les personnes mises en cause pour les faits gravissimes évoqués précédemment, révélateurs d’une inquiétante et sombre dérive, figurent des individus séropositifs, pleinement informés de leur état, mais agissant comme s’ils entendaient transmettre délibérément le virus au plus grand nombre, ces agissements atteignent un degré de cruauté inqualifiable.
Il est donc primordial que la justice de notre pays, en coopération étroite avec les juridictions des États susceptibles d’abriter d’autres auteurs ou complices de ces crimes, conduise ses investigations avec sérénité, indépendance et rigueur. Seule une enquête approfondie permettra d’établir les faits dans toute leur complexité, d’identifier les responsabilités et de prononcer des sanctions fermes et appropriées, conformément aux dispositions de notre législation ».Dans cette perspective ,le PIT affirme que l’ « état devra, par ailleurs, mettre en place un dispositif d’accompagnement et de prise en charge des victimes. En effet, au-delà des traumatismes psychologiques et des stigmates sociaux qu’elles auront à surmonter, les conséquences de telles atrocités peuvent constituer un enjeu majeur de santé publique. Il est de notre devoir collectif de leur garantir protection, soins et réparation »
Pour autant, l’indignation légitime ne saurait justifier toutes les dérives.
Doit-on accepter la diffusion, par un quelconque individu ou groupe d’influence, s’érigeant bien souvent et trop rapidement comme gardiens de la morale et des bonnes mœurs, des noms de personnes supposées homosexuelles ? Ne faut-il pas préférer l’action de la justice aux dénonciations intempestives livrant toute personne incriminée à la vindicte populaire qui précède une exclusion sociale, voire familiale ? Est-il admissible que s’instaure ce silence gêné face à autant de scènes de violence physique, verbale ou psychologique simplement pour donner quelque gage de vertu ? Le fascisme ne naît-il pas de cette absence de courage faisant que l’on laisse dire et faire pour seulement être dans l’air du temps ? N’est-on pas en train d’oblitérer, par ces appels au meurtre, d’autres drames ayant pour nom crise scolaire et universitaire, mauvaise campagne agricole, explosion du chômage ou émigration clandestine pour ne citer que ceux-là ?
Il faut le dire avec force : lorsque la rumeur supplante le droit, quand l’émotion remplace la procédure ou que la colère se substitue à la justice, lorsque l’exigence de preuve devient superflue et que le respect des droits fondamentaux est envoyé aux oubliettes, la société s’engage dans une pente dangereuse.
La tentation de la mise au ban, de la dénonciation publique et des appels à la violence ne saurait constituer une réponse pertinente. Et le silence complice face aux violences physiques, verbales ou psychologiques, sous prétexte de conformisme moral ou par opportunisme politique, ne peut qu’ouvrir la voie aux pires excès. L’histoire enseigne avec insistance que les sociétés basculent rarement dans l’arbitraire par un grand fracas ; elles y glissent, peu à peu, par renoncement au courage civique.
Il convient de le répéter : alors que l’attention d’une bonne partie de la population est focalisée sur l’émotion et la stigmatisation, d’autres drames persistent : crise du système éducatif et universitaire (dont l’installation de commissariats au sein des universités évoquée par le Premier Ministre est certainement une des pires idées jamais pensées pour y remédier), campagne agricole en faillite, explosion du chômage, désespérance de la jeunesse réduite à l’émigration clandestine. Aucun de ces défis ne disparaîtra sous le vacarme des dénonciations abjectes ou des procès d’intention.
Le PIT-Sénégal appelle solennellement au refus de toute mise à mort sociale fondée sur la délation et la rumeur. Ensemble, il nous faut exiger de la justice qu’elle effectue son travail avec rigueur, célérité et impartialité.
Dans le même temps, notre devoir collectif est clair : sortir nos enfants de la rue, leur offrir protection, éducation et affection, les soustraire aux mille et un pièges de la misère et de l’ignorance. Ensemble, il nous faut exiger de nos gouvernants une politique cohérente et déterminée en matière de sécurité, de justice sociale et de développement économique pour un meilleur « vivre ensemble ».
La civilisation ne se mesure pas à la violence des indignations mais à la solidité des instituti